De l’ombre à la lumière

 

L’École Autrement (EA) est un SAS interne que nous avons créé en 2012 à l’Institut Sainte-Marie de Châtelineau, en Belgique, pour accueillir les élèves écartés des cours afin de leur donner une formation particulière.Nous y avons imaginé une série de séquences sociologiques sur des thèmes aussi variés que la gestion des besoins (A. Maslow) la Gestion des émotions, l’Estime et l’image de soi ou encore la Gestion des conflits. Des animations spécifiques y sont élaborées et testées avant d’être disséminées dans l’école et en Europe. Ces animations sont construites en équipe d’enseignants avec les jeunes. Ce sont ces mêmes jeunes renvoyés de leurs classes qui présentent et animent ensuite ces activités dans l’école.

Objectifs du DIAS

 

Le DIAS ( Dispositif Interne pour l’Accrochage Scolaire) de l’École Autrement propose aux jeunes une formation qui développe chez eux des habiletés psychosociales leur permettant de contribuer à l’amélioration du bien vivre avec les Autres. L’objectif du programme, étalé sur deux semaines reconductibles, est l’acquisition de savoirs, de savoir-faire et de savoir être qui permettent de cultiver des relations fraternelles et coopératives à l’école et à la maison.

Elle s’inscrit dans une mission d’enrayage du décrochage scolaire tant estudiantin que professoral.

Les compétences développées sont la connaissance de soi et la relation à l’Autre. Elles sont travaillées au travers d’ateliers sur l’estime de soi, la gestion des besoins, la gestion des émotions, l’attention au non-verbal, etc. Elles se fondent sur l’échange d’expériences éclairées par des théories psycopédagogiques et sociales.

 

Écartement

 

Le jeune qui pose problème durant les leçons est exclu par le conseil de classe. Bien souvent, cet élève empêche le bon apprentissage, le sien et celui de ses camarades. Le dossier disciplinaire de l’élève entraîne cet écartement de son groupe classe pour lui permettre de travailler chacun des éléments pointés par les membres de l’équipe pédagogique à son égard. L’équipe de l’École Autrement va alors analyser les faits reprochés et entamer une collecte d’informations utiles à ce travail.

Ce n’est certes pas le seul chemin pour arriver aujourd’hui à l’École Autrement. Certains élèves y viennent de leur plain gré durant leurs heures de fourche, s’y inscrivent spontanément ou en font la demande auprès de leurs éducateurs. Les titulaires de classe propose aussi d’y inscrire un élèves en décrochage.

 

Rencontre des Parents

 

La question que nous nous posons à chaque fois est : “Est-ce un jeune difficile ou est-ce un jeune en difficulté ?” C’est là, au cœur d’un premier entretien avec le jeune et ses parents, que commencent nos recherches. Certes il est plus confortable pour tous de traduire le problème de gestion de classe par un rapport disciplinaire à l’encontre d’un des jeunes du groupe. Il est plus aisé de calmer les humeurs d’un ado à la maison en acceptant de le voir jouer des heures durant sur son ordinateur. Travailler avec ce type de jeune équivaut donc à se remettre en question tant dans l’éducation qu’on lui donne que dans sa manière de lui donner des leçons.

 

Or dans la plupart des cas, le comportement du jeune en classe est un résultante de son histoire. Ses rapports à l’autorité et à l’apprentissage sont vécus et enseignés d’abord à la maison.

Avec les parents, nous pointons les mécanismes enclenchés par le jeune autant dans son privé qu’à l’école. Ce sont ces similitudes,les comportements spécifiquement liés au jeune, qui nous permettent d’entamer le processus de changement dès son entrée dans L’École Autrement.

Lors du premier entretien avec les parents et le jeune, l’enseignant spécialisé va clairement se positionner en adulte afin de ramener la discussion qui les occupe sur un terrain “adulte”. L’analyse transactionnelle Éric Berne nous laisse entendre que la discussion entre “adultes” est dite raisonnable. Il nous intéresse pourtant d’identifier les réactions émotionnelles au sein de la relation entre les participants, tout en ramenant l’échange à une dimension factuelle lorsqu’il s’agit de définir les objectifs à atteindre par le jeune et ses parents.

Le parent lui-même trouve, au coeur de l’échange, de nouvelles pistes de changement avec le jeune : un autre dialogue constructif, une manière différente de poser l’autorité, un partage plus équitable des tâches ménagères et des plaisirs familiaux, un regard constructif sur le travail scolaire du jeune et surtout une vision positive sur chaque membre de la famille.

La rencontre entre parents, élève et enseignants est l’endroit idéal pour entamer la remise en question fondatrice de nouvelles dynamiques.Elle pose la question du “Comment faire pour sortir de notre zone de confort et aller chercher les véritables réponses, celles qui nous permettent à tous de progresser ?”

 

Quarantaine éducative

 

Le jeune est enfin placé en quarantaine éducative à l’École Autrement. Il y séjournera entre deux et trois semaines suivant l’importance du travail qu’il va y effectuer. D’autres élèves ayant le même profil vont l’accompagner dans une réflexion, en pleine conscience, sur leurs propres pensées, leurs actions et leurs motivations. Avec eux, nous revenons aux sources des difficultés qui nous ont mené à nous rencontrer dans cet espace-temps de l’École Autrement.

 

Ci-dessous, une vidéo sur la gestion de conflit créée par des jeunes s’étant bagarré lors d’un cours.

Un horaire

Avec un nombre idéal de douze élèves, l’École Autrement ouvre ses portes sur une classe aménagée en conséquence. Un horaire spécifique est mis en place pour les élèves écartés :

  • Durant les 4 heures du matin, en Sociologie, nous cherchons les pistes du raccrochage scolaire en fouillant parmi les causes de nos attitudes et de nos comportements.
  • Durant les après-midi, en Remise à Niveau, nous travaillons les matières scolaires grâce aux intelligences-multiples.
  • Le mercredi après-midi, en Atelier du Mercredi, les élèves de l’ÉA enseignent à leurs paires ce qu’ils ont appris durant les matinées en Sociologie.

Nous y abordons principalement le travail sur soi par le biais d’échanges philosophiques.

Ci-dessous, dans les locaux de l’École Autrement, nous nous réunissons en communauté de recherche philosophique afin de permettre à chacun de travailler son fond d’humanité, son histoire personnelle et ses rapports aux autres.

Un Contrat

Puis on signe le contrat qui les relie, le jeune et sa nouvelle école. L’élève en situation de renvoi intègre sa nouvelle classe, son nouveau monde, son autre monde : notre École Autrement. Il y trouvera un endroit pour vivre l’apprentissage en harmonie avec ce qu’il est, ses intelligences différentes (H. Gardner),ses blessures et ses dérives. Il y respectera un cadre bienveillant.

Plus qu’un contrat, il s’agit d’un ticket d’embarquement pour la quatrième dimension de sa vie (Flavio, un élève de l’ÉA).

Ce contrat, s’il lie les familles à l’École Autrement par des devoirs, il engage également les enseignants de l’ÉA à modifier leurs Moyens Didactiques au cœur de leur enseignement.

Du temps et du regard

À l’École Autrement, les journées sont faites d’apprentissages socio-constructivistes, de partages d’expériences et de rencontres. Les formations y sont données à la fois par les enseignants, les élèves et les invités (Guests : éducateurs, stagiaires, observateurs, direction, Amis, etc.)

Le temps précieux que nous passons avec ces jeunes, c’est ce qui forge nos relations éducatives et engendre le changement positif. Le secret du raccrochage scolaire tient du regard bienveillant inconditionnellement constructif sur le jeune (C. Roggers) qu’on dit difficile. Car nous enseignons d’abord ce que nous sommes. Ensuite vient l’enseignement par nos actes et nos paroles.

Dans ce sens, l’effet Pygmalion est utilisé comme puissant outil motivationnel. L’élève, vu comme étant capable de réaliser sa tâche, se sent motivé à l’accomplir.C’est le regard bienveillant de l’enseignant qui engendre cette mise en route de l’élève et son enthousiasme dans l’apprentissage. C’est l’axe qui va permettre à l’élève d’activer ses propres leviers de motivation (R. Viau). Car il est essentiel de voir l’élève en difficulté avec nos yeux du cœur (Antoine de Saint-Exupéry) pour que naissent les envies d’enseigner et d’apprendre.

C’est à ce titre que le jeune va activer une triple autorisation (D. Moureaux) : celle d’apprendre sans ses parents en gérant son conflit de loyauté, celle de se sentir autorisé à apprendre par ses parents et celle de laisser ses parents être ce qu’ils sont. Le jeune en difficulté va prendre les commandes de sa propre existence.

Textes et illustrations par Jean-Luc Carels